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    Pas de Noël sans sapin 

        Qu'il soit naturel et répande dans la pièce une bonne odeur de résine ou artificiel, qu'il soit grand ou petit, vert ou blanc, garni de boules ou de guirlandes électriques, de bougies, de bonbons ou de cadeaux, vous êtes-vous jamais demandé pourquoi c'est cet arbre-là et non un autre qui a été choisi pour faire un arbre de Noël ?

        Lorsqu'il trône au centre de la pièce, tout paré du bas au faîte, d'étoiles, de cheveux d'anges, de lumières, il semble tellement majestueux, qu'il est bien difficile de deviner qu'il est en vérité le plus modeste de tous les arbres. Et c'est justement à cause de sa modestie qu'il a été choisi pour apporter la joie de Noël aux petits et aux grands.

    Noel (98)

        Lorsque l'Enfant Jésus naquit, il y eut dans le monde, une grande effervescence. Toutes les choses animées en eurent une joie immense. Chaque jour, des gens venaient de partout pour voir le petit enfant et lui apporter d'humbles présents.

        A proximité de l'étable où il était né, se trouvaient trois arbres : un palmier, un olivier et un sapin. En voyant passer tous ces gens sous leurs branches, l'envie leur prit de donner, eux aussi, quelque chose à l'Enfant Jésus.
    - Je vais prendre ma plus grande palme, dit le palmier, et je la mettrai près de la crèche, pour éventer doucement le Petit Enfant.
    - Moi, je presserai mes olives pour oindre ses petits pieds, dit l'olivier.
    - Mais moi, que puis-je donner à l'Enfant ? demanda le sapin.
    - Toi ? dirent les deux autres. Mais tu n'as rien à offrir. Tes aiguilles pointues piqueraient le Bébé, et tes larmes sont résineuses, elles sentent et collent bien trop fort.
    Le pauvre sapin se sentit très malheureux, et il dit avec tristesse :
    - Vous avez raison. Je n'ai rien d'assez bon pour être offert au Petit Enfant.

        Un ange qui se tenait là tout près, immobile, entendit ce qui se passait. Il eut pitié du sapin, tellement humble et dépourvu d'envie, et il résolut de l'aider. Dans le ciel, l'une après l'autre, les étoiles s'allumaient et commençaient à briller sous la voûte. L'ange alla demander à quelques-unes d'entre elles de descendre et de se poser sur les branches du sapin. Elles le firent volontiers et l'arbre se trouva tout illuminé.

        De l'endroit où il était couché, le Petit Jésus pouvait voir l'arbre et ses yeux se mirent à briller devant les belles lumières. Le sapin s'en trouva tout réjoui. Bien longtemps plus tard, les gens, qui ne connaissaient pas cette histoire, prirent l'habitude de faire briller dans chaque maison, la veille de Noël, un sapin tout garni de bougies allumées, tout pareil à celui qui avait brillé devant la crèche.

        Et c'est ainsi que le sapin fut récompensé de son humilité. Il n'existe certainement aucun autre arbre qui éclaire autant de visages heureux !  

    Conte populaire allemand.



    Noel (9) 




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  • Jolis petits textes contant la légende du Rouge-Gorge

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    La légende du Rouge-gorge est liée à la mort de Jésus.
    Il y a fort longtemps, ce n'était qu'un modeste oiseau au plumage brunâtre.
    Alors qu'il voletait, il s'approcha du Christ crucifié sur sa croix.
    Il se posa sur son épaule, de ses ailes, il essuya ses larmes, et de son bec, il arracha les épines qui lui blessaient la tête.
    Une goutte de sang tomba sur sa gorge, colorant à jamais son humble plumage.



    Une autre légende raconte que le rouge-gorge chercha un arbre pour s’abriter du froid pour l’hiver.
    Tous les arbres lui refusèrent l’hospitalité sauf le houx.
    Le rouge-gorge se blessa avec ses feuilles piquantes, colorant ainsi son plumage en rouge.

    Depuis lors, comme par punition tous les arbres perdent leurs feuilles en hiver sauf le houx qui avait accepté de donner un abri au rouge-gorge.
    En souvenir de cette histoire, le houx portent
    toujours des baies rouges.







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  • La légende de Sainte Odile


    Contrefort des Vosges du Nord de 763 mètres d'altitude, à quarante kilomètres de Strasbourg, le Mont Sainte-Odile domine la plaine d'Alsace et par temps clair, est un point de vue remarquable sur la vallée du Rhin et les crêtes de la Forêt Noire. Parfois de malicieux nuages partent à son assaut, le contournant à plaisir. Du sommet, le touriste médusé, puis contrarié, voit ces brumes laiteuses venues du Rhin s'étirer en écharpes et obstruer sa vue. De malveillantes sorcières déploieraient-elles leurs voiles pour enserrer la cime à la limite de ce "Mur païen" construit par les Celtes dès 800 à 600 avant Jésus-Christ ? Malgré les brèches faites au cours des âges, ce rempart de onze kilomètres de long, de deux à trois mètres de hauteur pour se protéger des incursions barbares, reste un ouvrage imposant avec d'énormes blocs de pierre reliés entre eux par des tenons de chêne. 

    Plus haut que la nue, telle une couronne, voici l'antique abbaye et la chapelle dédiée à Sainte Odile.

                                                                                                                       Image du net



    Autrefois, vers 660 au temps du roi Dagobert Il s'élevait en ce lieu, au faîte de l'éperon rocheux, le château de Hohenbourg, domaine du duc d'Alsace Adalric, Attich ou Etticho, dont la bravoure était connue à la ronde, et de sa femme Bereswinde, sœur de Saint Erhard et cousine de Saint Léger. On attendait alors un enfant au foyer et le jeune seigneur souhaitait vivement un garçon pour lui léguer ses biens et ses titres.
    Or un jour, au retour d'une chasse au daim, comme il était d'un caractère violent et emporté, d'une barbarie souvent impulsive caractérisant les peuplades récemment christianisées, il entra dans une terrible colère en apprenant qu'il était le père d'une fille. Il se trouva d'autant plus humilié que le bébé était chétif et aveugle.

    - Cette enfant maladive doit être mise à mort. Oh la !... garde, je te charge de la faire disparaître, de la décapiter.
    Cependant, la mère ayant gagné le cœur de l'homme d'armes, le nouveau-né fut épargné et confié d'abord à une nourrice de Scherwiller près de Sélestat. Peut-être l'emmena-t-elle ensuite au monastère de Palma (Baume-les-Dames) ... Mais un grimoire de ce couvent rappelle que la mère, Bereswinde elle-même, conduisit vers 662, sa fillette âgée de deux ans environ, à sa tante abbesse à Baume-les-Dames en Franche-Comté, à cent cinquante kilomètres au sud, dans cette vallée du Doubs aux défilés pittoresques et aux pentes herbeuses.
    Les années passèrent et l'enfant grandit dans une douce quiétude, initiée aux choses saintes, à la contemplation et à la prière. Nul ne savait alors qu'elle n'avait pas été baptisée... Quand elle atteignit l'âge de treize ans, l'évêque Ehrhard de Bavière, son oncle, eut selon plusieurs chroniques, une vision lui enjoignant de se rendre à Baume.
    -Tu trouveras dans ce prieuré une jeune fille gracieuse et pure dont les yeux ne connaissent pas la lumière du jour. Tu la baptiseras en lui donnant le nom d'Odile ou Otilia. Alors les écailles tomberont et sa vue s'éclairera.

    Le prélat, qui déplorait amèrement la sauvagerie de son beau-frère, se mit en route à travers landes et forêts. Dès son arrivée au monastère, il procéda à la cérémonie, plongea la jeune fille dans une cuve suivant l'usage antique, fit les onctions prescrites avec les saintes huiles, en prononçant la formule consacrée: "Au nom de Jésus-Christ, sois désormais éclairée des yeux du corps et des yeux de l'âme."
    A ces mots, les paupières de l'aveugle s'ouvrirent et ses yeux s'illuminèrent. Odile dont le nom signifie Fille de la lumière avait recouvré la vue. Ce miracle fut accueilli avec reconnaissance et l'enfant souriante, aux prunelles bleues comme un ciel de printemps, demeura encore une dizaine d'années parmi les religieuses qui achevèrent son éducation. Jusqu'à la Révolution, fut conservé précieusement à Baume un voile de soie mêlée d'or qu'elle aurait tissé de ses mains.

    Au château de Hohenbourg, le duc était persuadé de la mort de sa fille aînée et la mère se désolait de ne pouvoir se rendre à Baume, car elle craignait d'attirer l'attention de son époux et de susciter son courroux. Avec le temps, peut-être espérait-elle l'apaisement et la réconciliation ? Un garçon, Hugo, était né après le départ d'Odile. Élevé dans la bonté et la charité par sa mère, dont il possédait le cœur sensible et secourable, il était devenu au fil des années un damoiseau loyal et brave comme son père, dont il était l'orgueil.
    Un jour, une indiscrétion de la nourrice lui apprit l'existence d'une sœur aînée. Intrigué, il s'intéressa vivement à l'histoire et voulut en savoir tous les détails. Puis les jours passèrent et son esprit resta préoccupé. Désirant connaître cette sœur lointaine, sous prétexte de chasser l'ours, il s'aventura jusqu'à Balme, c'est-à-dire Baume, où dans le jardin, il aperçut Odile en robe blanche qui cueillait des fleurs pour la décoration de la chapelle. Qu'elle était charmante avec ses longs cheveux et son regard clair ! Cependant il n'osa s'approcher d'elle; il fallait qu'il attendrît son père et préparât le retour au château de celle qu'il appelait tout bas sa tendre sœur. Comme les vents se levaient faisant grincer les chaînes du pont, il rentrait et franchissait à cheval le portail de Hohenbourg dans un galop poussiéreux... Il s'empressa auprès de sa mère et lui demanda conseil.

    - Ô noble dame, ne croyez-vous pas qu'il serait temps d'annoncer à mon père l'existence d'Odile ?
    - Peut-être avez-vous raison mon fils, mais soyez prudent, le duc étant toujours aussi emporté.
    Quelque temps plus tard, Adalric demanda à Hugo de l'accompagner en expédition au-delà du Rhin. Au cours des combats, celui-ci se fit remarquer par sa hardiesse et sortit vainqueur de la mêlée à la grande satisfaction du duc. Voyant son père détendu et heureux, jugeant le moment opportun, le jeune seigneur s'approcha de lui, décidé à lui parler d'Odile.
    - Père, savez-vous que votre fille première-née, ma sœur, est bien vivante et grandit dans une communauté religieuse...

    Il ne put achever et le duc, furieux, lui donna un soufflet : - Comment oses-tu me parler de celle que j'ai bannie, par laquelle j'ai été humilié ? Ah ! Je te ferai passer de vie à trépas si tu persistes...
    Le preux chevalier se tut, l'âme tourmentée, mais garda l'espoir de faire triompher sa cause. Plus tard, par des chemins détournés, il s'en fut à Baume-les-Dames où il se présenta à sa sœur, lui dévoilant ses origines et son projet de la ramener au château. Il convint même de la date du voyage. De son côté, Odile l'entretint de ses occupations, de ses compagnes dont certaines la jalousaient depuis le baptême miraculeux.

    - Comme elle serait ravie de faire connaissance avec les siens ! De retour en Alsace, Hugo dépêcha à Odile un chariot chargé de vêtements magnifiques accompagné d'une brillante escorte. Un tel appareil, pensait-il, ne pouvait qu'impressionner favorablement Adalric.
    Au jour fixé, le cortège se mit en route, arriva au pied du mont dans le soleil couchant qui faisait resplendir ses ors carminés sur les coteaux. Le seigneur et son fils se trouvaient sur les remparts et scrutaient l'horizon, jouissant pleinement de la vue splendide jusqu'aux lointains grisâtres du Rhin.
    - Quel est ce char qui gravit le chemin rocailleux ? On dirait qu'un noble voyageur vient nous visiter.
    - Père, répartit Hugo avec une émotion mêlée d'angoisse, c'est votre fille Odile qui n'est pas morte comme vous le pensez et qui a recouvré la vue par la grâce de Dieu. Elle vient faire votre connaissance, vous réjouir et...
    Hélas ! Il ne put achever car le duc, les yeux exorbités, vociférait comme un dément, blessé dans son incommensurable orgueil.
    - Cette désobéissance te sera fatale. Pourquoi t'acharnes-tu à m'humilier ? ...Et il transperça le corps de son fils qui s'écroula.
    - Père !... Mais déjà le jeune homme expirait.
    En face de l'irréparable, devant le corps inanimé, Adalric réalisa l'horreur de son forfait et pleura amèrement.
    Tandis qu'il s'esquivait, prétextant une partie de chasse, hommes de garde et serviteurs accouraient, demeuraient effondrés.

     

    Prévenue par sa mère, Odile se réfugia dans une ferme proche où elle revêtit des vêtements de paysanne et ne dédaigna pas de se livrer à d'humbles travaux. Cherchant à oublier son crime, le duc parcourait chaque jour les forêts, traquant le gibier. Un soir, il se trouvait près d'une hutte quand Odile en sortit, une cruche à la main pour se diriger vers la source.
    - Donne-moi à boire car j'ai soif et sois remerciée. Tandis qu'elle s'exécutait et puisait l'eau, le seigneur la dévisagea longuement... Elle avait à la fois les traits délicats de sa femme et quelques rictus de lui-même.
    - Serait-ce cette fille Odile ?
    De tout son être émanaient une noblesse naturelle, une distinction et une modestie qui subjuguaient.
    - Comment te nommes-tu et quelle est ta famille ?
    - On m'appelle Fille de lumière, car lors de mon baptême, mes yeux se sont ouverts. Tous les hommes sont mes frères.
    - Odile, je te reconnais pour ma fille. Il me semble voir Bereswinde quand elle était jeune... Viens embrasser ton père, le malheureux duc d'Alsace... Pardonne-moi toutes mes fautes : tu es le doigt de Dieu qui me montre le chemin. Tout au long de ces interminables parties de chasse, je méditais... Mais je suis affreusement puni puisque j'ai perdu mon cher fils Hugo...
    Viens au château et quitte ces haillons. Pourtant tu n'es pas responsable de la mort de ton frère. Seuls sont en cause mon aveuglement et mon orgueil.
    Odile s'en fut avec son père à Hohenbourg où, avec émotion, elle retrouva sa mère et le souvenir de son frère. En ce haut lieu où souffle l'esprit et où la nature se montre partout grandiose, elle passait de longues heures en contemplation, comprenant la vanité du monde, demandant pardon pour son père, offrant sa vie au Créateur.
    Auprès d'elle, Adalric s'adoucissait. Sa joie était grande lorsqu'il la présentait aux parents et amis qui appréciaient sa beauté, son charme rayonnant, ses dons et ses vertus.
    Divers seigneurs songèrent à demander sa main pour leur fils. Un soir Adalric l'appela pour lui annoncer sur un ton enjoué et satisfait:
    - Ma chère Odile, je me fais vieux et pour assurer ton avenir, j'ai décidé que notre noble voisin, ce riche et puissant prince de Germanie, deviendrait ton époux.
    La pieuse jeune fille sentit le chagrin lui serrer la gorge et les pleurs lui mouiller les yeux. Elle supplia le duc de ne pas la contraindre au mariage et à rompre son vœu de virginité. Irrité, le maître des lieux ne pouvait comprendre...
    - Cette fantaisie passerait !
    Il lui signifia donc que la cérémonie aurait lieu prochainement

     

    Retirée dans sa chambre, Odile résolut de se soustraire à cette décision parjure. A la faveur de l'obscurité, quand le château parut endormi, elle sortit sans bruit, longeant les rem- parts, empruntant un passage secret pour gagner la vallée. Enveloppée dans une longue cape, elle se hâta à travers bois et landes. Après plusieurs jours de marche harassante, elle arriva en vue du Rhin, au large ruban majestueux et miroitant. Apercevant un pêcheur sur sa barque, elle l'apostropha.
    - Pourriez-vous me faire traverser le fleuve ? En récompense je vous laisserai cette chaîne en or que je porte au cou. L'homme accepta et bientôt elle reprit sa fuite précipitée à travers la Forêt Noire. Était-elle enfin sauvée ?
    Le lendemain de son départ, le prétendant et son escorte se présentaient à Hohenbourg. Les trompes retentirent longuement et quelques invités s'assemblèrent dans la chapelle fleurie. Bereswinde pénétra dans la chambre de sa fille pour les ultimes préparatifs, mais demeura interdite :
    - Odile ? Odile ?
    Alertés, tous les occupants du château unirent leurs efforts en de vaines recherches. Il fallut bien se rendre à l'évidence: Odile avait quitté Hohenbourg !
    Adalric et le "fiancé" partirent à cheval sur ses traces, dévalèrent la pente au grand galop et atteignirent bientôt le Rhin au bord duquel se dressaient quelques misérables cabanes. Le pêcheur qui avait reçu le bijou put les renseigner et leur indiqua la direction prise par la fugitive quelques jours avant.
    Déjà ils chevauchaient outre-Rhin. Quand Odile les aperçut au loin, elle invoqua la Vierge à genoux. Alors une lueur éblouissante éclaira le bois et le rocher au pied duquel elle était en prière, s'ouvrit pour la laisser passer, puis se referma.
    Bouleversé par ce miracle, Adalric, n'en croyait ses yeux :
    - Le ciel ! Le ciel ! Il ne faut pas enfreindre ses desseins. Ma fille sera religieuse comme elle l'a promis et je lui donnerai mon château pour y fonder un monastère.
    Alors le roc se fendit à nouveau tandis qu'Odile s'avança dans une auréole de lumière. Muets d'admiration, duc, prétendant et gens de l'escorte s'agenouillèrent. Du rocher, très proche de Fribourg, s'écoula un filet d'eau, clair et frais, nommé encore de nos jours "fontaine de Sainte Odile". Au-dessus de cette source fut édifiée plus tard une chapelle consacrée à la Sainte.
    Le seigneur tint parole et aida sa fille à transformer Hohenbourg en couvent où se ras- semblèrent des jeunes filles nobles d'Austrasie et de Bourgogne qui souhaitaient rester vierges. On évoque toujours aux environs du Haut Barr et d'Ottrott les nombreux miracles qui eurent lieu dès qu'Odile fut installée à l'abbaye. Des contrées les plus éloignées affluèrent aveugles et malades auxquels elle rendait la vue ou la santé au nom de Dieu.
    Un jour, au cours d'une promenade avec ses religieuses sur une pente abrupte, elle rencontra un vieillard exténué, haletant, mourant de fatigue et de soif, qui avait tenu à lui présenter une fillette aveugle. Compatissante, Odile chercha en vain une fontaine autour d'elle, puis se servant de sa crosse d'abbesse, elle en frappa le rocher d'où jaillit aussitôt l'eau vive qui désaltéra et ranima le pèlerin. Cette source est aujourd'hui recueillie dans une vasque protégée par une grille.


    Odile pensa aux enfants et aux malades indigents pour lesquels il était trop pénible de faire l'ascension du mont. Dans un vallon du côté de Saint-Nabor, elle fit élever un hospice.
    Avec le temps grandit la renommée d'Odile qui soulageait les misères, se dépensait sans compter, sans jamais se plaindre. Après la mort de ses parents, elle pria chaque jour pour eux, surtout pour implorer le pardon des fautes de son père. De nos jours, sur la terrasse se trouvent deux chapelles dont la plus grande, celle "des Larmes" construite sur un cimetière datant du Moyen Age avec ses tombes taillées dans le roc, rappelle selon la légende, qu'à cet endroit Odile pleura. Sous un grillage voûté, on voit la pierre sur laquelle elle se serait agenouillée.
    Une nuit, son père lui apparut, poursuivi par Satan et implorant son aide. Alors elle jeûna, se mortifia, s'épuisa aux tâches les plus pénibles : ce dur régime devait lui être fatal. Un matin, alors qu'elle sombrait dans une profonde torpeur, les religieuses à son chevet voulurent la réveiller. En gémissant, elle leur murmura :
    - Ah ! Mes sœurs, vous avez interrompu mon rêve. Ce que je voyais était merveilleux... Je me trouvais au ciel avec mes parents et mon frère, mon père étant enfin délivré...

    Un sourire bienheureux transfigura son visage tandis qu'elle rendait le dernier soupir et qu'une brise parfumée soufflait sur le mont... Une colombe immaculée s'envola vers les nues et toutes les cloches de Hohenbourg, Niedermunster et du Val carillonnèrent longuement.
    C'était en l'année 720. La Chapelle Sainte-Odile, bâtie de son vivant et consacrée d'abord à saint Jean, abrite encore son tombeau.

     

     

    Source de cette légende " Légendes d'Alsace et de Franche-Comté ", de Gaby Sarazin-Heidetet  (Editions des Dernières Nouvelles d'Alsace - Istra)

     


                                                                                                                                           


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  • Crocus mauves, crocus jaunes,
    Vous qui nous offrez de si jolis coussins de couleurs,
    Pour le plaisir de nos yeux,
    Vous êtes les messagers d'une renaissance.
    Le printemps n'est pas loin !


    Par cette jolie légende
    Je vous souhaite la bienvenue.

    Le crocus des prairies. (Légende manitobaine)


    Wappee était le fils du chef de la tribu des Pieds Noirs. Estimé de tous, il vivait paisiblement entouré des siens. N’ayant peur de rien, à l’abri des intempéries et des bêtes féroces dans le grand tipi, il grandissait en sagesse tout en suivant attentivement les enseignements de son père.

    Quand Wappee eut douze ans, son père le fit venir.

    « Mon fils, le temps est venu pour toi de devenir un homme. Un jour, si les Esprits le veulent, tu seras le chef. Pour cela, tu dois te montrer à la hauteur de ton peuple. Tu dois partir dans les collines. Tu reviendras dans cinq nuits. Alors, peut-être seras-tu devenu un homme libre, capable de conduire les tiens.»

    Wappee quitta la tribu le soir même et se dirigea vers les montagnes. Il s’installa sur le sommet de la plus haute colline. Seul avec les étoiles, il se sentit libre, prêt à affronter tous les obstacles.

    Au matin, Wappee se leva, le cœur léger. C’était une belle journée de printemps. La neige fondait lentement sous le chaud soleil.

    Wappee s’assit et médita sur son avenir. Il devait attendre qu’un Esprit bienveillant lui montre, par le biais du rêve, le chemin qui le mènerait de l’enfance vers l’âge adulte. Mais le jour progressait et Wappee ne voyait toujours rien.

    Aucune vision, ni âme qui vive, ne venait troubler le silence qui l’entourait. Très vite, la solitude et la peur s’emparèrent de lui.

    Le soir venu, il s’allongea à nouveau dans l’espoir d’avoir une vision. Mais rien ne vint.
    Le lendemain se passa en tous points comme la veille. La journée chaude étala les couleurs de l’aube jusqu’au crépuscule pour se fondre ensuite dans la pénombre de la nuit. Wappee ne bougea pas.

    Il ne lui restait maintenant que trois nuits avant de retourner chez son père pour lui annoncer qu’il n’était pas devenu un homme, mais qu’il était un lâche.

    Le Grand Esprit ne lui avait pas permis de faire le rêve. Plus le temps passait, plus Wappee ressentait la douleur de l’échec.

    Le matin suivant, alors qu’il observait les couleurs du soleil levant, il aperçut une petite fleur aussi blanche que la neige, qui reposait à ses côtés.

    La fleur ouvrait grand ses pétales pour y laisser entrer le soleil. Elle se balança lentement dans sa direction jusqu’à ce que son esprit troublé fut calmé par la vue des montagnes bleues et de l’herbe verte des prés.

    Assis non loin de la fleur, Wappee observa les corbeaux et écouta le bruit du vent. Le jour baissait. La montagne devint rose, puis magenta. Bientôt le soleil disparut, laissant place à l’obscurité.

    Mais cette fois, Wappee ne se sentait plus seul. Il avait maintenant une amie :

    « Petite sœur, dit-il, toi si fragile, que fais-tu dans cet endroit froid et venteux? Je vais me coucher près de toi pour te réchauffer. Mais je ne veux pas t’écraser. »

    Et pendant qu’une partie de son esprit se reposait l’autre partie veillait sur la petite fleur blanche.
    Lorsque la nuit se prépara à rencontrer le jour, la fleur parla :

    « Écoute, Wappee. Hier, tu étais triste car tu ne connaissais pas la peur. Celui qui ne connaît pas la peur est fragile. L’homme sage apprend à vivre avec elle. »

    Le jeune indien, surpris, s’approcha de la fleur pour mieux l’entendre. Mais la fleur se tût, en se balançant au gré du vent.

    Toute la journée, Wappee ne cessait de penser à ce que la fleur lui avait dit.

    La nuit suivante, il protégea encore la petite fleur avec son manteau de fourrure. Puis, à l’aube, la fleur parla :

    «Tu as bon cœur, Wappee. Tu iras loin.»
    Puis, elle se tût jusqu’à la nuit suivante. Au lever du jour, elle dit encore :

    «La sagesse et un coeur bon sont les qualités d’un grand chef. Si tu as des difficultés, reviens vers les collines, elles t’apporteront la paix et la chaleur.»

    Puis Wappee s’endormit paisiblement. Son sommeil fut peuplé de visions : devenu chef de sa tribu, il la vit heureuse et prospère.

    Il était maintenant temps pour Wappee de retourner vers les siens. Cependant, avant de partir, il dit à la fleur :

    « Petite sœur, pendant trois nuits, tu m’as consolé de ma solitude, tu m’as aidé à avoir des visions. Demande-moi ce que tu veux et j’irai voir le Grand Esprit pour qu’il exauce tes vœux.»

    La petite fleur répondit :

    «Wappee, demande au Grand Esprit de m’habiller de bleu et de violet, comme les montagnes, afin que les hommes puissent me voir et me tenir en compagnie, un petit soleil doré que je garderai tout au fond de mon cœur pour me consoler les jours de pluie, un manteau chaud pour que je puisse faire face au vent froid qui souffle et à la neige qui fond. Ainsi, j’apporterai confort et espérance à tous les hommes.»

    Le Grand Esprit, qui avait entendu cette conversation fut sincèrement touché par la bonté de Wappee envers la fleur aussi, répondit-il aux souhaits de ce dernier.

    La petite fleur blanche devint alors bleue et violette avec au centre un cœur chaud et doré, enveloppé d’un manteau de verdure. Cette petite fleur s’appelle le crocus des prairies.

    Les hommes admirent sa force et sa fragilité, ses couleurs et sa chaleur. Elle est aujourd’hui l’emblème floral du Manitoba



     Rendez-vous en automne pour d'autres crocus dont le célèbre Crocus sativus, qui produit le safran. On plante les bulbes en terre ou en jardinière au mois d'août pour obtenir une jolie floraison en octobre et avoir la joie de parfumer quelques plats.


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  • Comment les papillons apprirent à voler ...

     (Légende amerindienne)





    Quand la Terre était jeune, aucun papillon ne volait ça et là dans les airs et n'illuminait les jours de printemps et d'été de leurs ailes portant les couleurs de l'arc-en-ciel. 
    Il y avait des reptiles, qui furent les ancêtres des papillons, mais ils ne savaient pas voler ; ils ne savaient que ramper par terre. 
    Ces reptiles étaient magnifiques, mais le plus souvent les humains, lorsqu'ils se déplaçaient, ne baissaient pas les yeux vers la terre, aussi ne voyaient-ils pas leur beauté.

    En ces temps-là, vivait une jeune femme qui s'appelait Fleur de Printemps et qui était une joie pour tous ceux qui la connaissaient. 
    Elle avait toujours le sourire et un mot gentil à la bouche, et ses mains étaient semblables au printemps le plus frais pour ceux qui étaient atteints de fièvre ou de brûlures. 
    Elle posait ses mains sur eux et la fièvre aussitôt quittait leur corps. 
    Quand elle atteignit l'âge adulte, son pouvoir devint encore plus fort et, grâce à la vision qu'elle avait reçue, elle devint capable de guérir les gens de la plupart des maladies qui existaient alors. Dans sa vision, d'étranges et belles créatures volantes étaient venues à elle et lui avaient donné le pouvoir de l'arc-en-ciel qu'ils portaient avec eux. 
    Chaque couleur de l'arc-en-ciel avait un pouvoir particulier de guérison que ces êtres volants lui révélèrent. 
    Ils lui dirent que pendant sa vie elle serait capable de guérir et qu'au moment de sa mort elle libérerait dans les airs des pouvoirs de guérison qui resteraient pour toujours avec les hommes. Dans sa vision, il lui fut donné un nom : 
    Celle-qui-tisse-dans-l'air-des-arcs-en-ciel.

     

    Tandis qu'elle avançait en âge, Celle-qui-tisse-dans-l'air-des-arcs-en-ciel continuait son travail de guérisseuse et dispensait sa gentillesse à tous ceux qu'elle rencontrait. 
    Elle rencontra aussi un homme, un voyant, et elle le prit pour mari. 
    Ils eurent ensemble deux enfants et les élevèrent pour qu'ils soient forts, sains et heureux. 
    Les deux enfants avaient aussi certains pouvoirs de leurs parents et eux-mêmes devinrent plus tard des guérisseurs et des voyants. 
    Tandis qu'elle vieillissait, le pouvoir de Celle-qui-tisse-dans-l'air-des-arcs-en-ciel grandit encore et tous ceux qui vivaient dans les environs de la région où elle habitait vinrent à elle avec leurs malades, lui demandant d'essayer de les guérir. 
    Elle aidait ceux qu'elle pouvait aider. Mais l'effort de laisser passer en elle tout le pouvoir finit par l'épuiser et un jour elle sut que le moment de remplir la seconde partie de sa vision approchait. 
    Tout au long de sa vie, elle avait remarqué que des reptiles magnifiquement colorés venaient toujours près d'elle quand elle s'asseyait par terre. 
    Ils venaient contre sa main et essayaient de se frotter contre elle. 
    Parfois l'un deux rampait le long de son bras et se mettait près de son oreille.

    Un jour qu'elle se reposait, un de ces reptiles vint jusqu'à son oreille. 
    Elle lui parla, lui demandant si elle pourrait faire quelque chose pour lui, car elle avait remarqué que lui et ses frères et soeurs lui avaient toujours rendu service. 
    "Ma soeur, dit Celui qui rampait, mon peuple a toujours été là pendant que tu guérissais, t'assistant grâce aux couleurs de l'arc-en-ciel que nous portons sur le corps. 
    A présent que tu vas passer au monde de l'esprit, nous ne savons comment continuer à apporter aux hommes la guérison de ces couleurs. 
    Nous sommes liés à la terre et les gens regardent trop rarement par terre pour pouvoir nous voir. 
    Il nous semble que si nous pouvions voler, les hommes nous remarqueraient et souriraient des belles couleurs qu'ils verraient. 
    Nous pourrions voler autour de ceux qui auraient besoin d'être guéris et laisserions les pouvoirs de nos couleurs leur donner la guérison qu'ils peuvent accepter. 
    Peux-tu nous aider à voler ?
    " Celle-qui-tisse-dans-l'air-des-arcs-en-ciel promit d'essayer. 
    Elle parla de cette conversation à son mari et lui demanda si des messages pourraient lui venir dans ses rêves.

    Le matin suivant il se réveilla, excité par le rêve qu'il avait fait. 
    Quand il toucha doucement Celle-qui-tisse-dans-l'air-des-arcs-en-ciel pour le lui raconter, elle ne répondit pas. 
    Il s'assit pour la regarder de plus près et il vit que sa femme était passée au monde des esprits pendant la nuit. 
    Pendant qu'il priait pour son âme et faisait des préparatifs pour son enterrement, le rêve qu'il avait eu lui revint en mémoire et cela le réconforta. 
    Quand le moment fut venu de porter Celle-qui-tisse-dans-l'air-des-arcs-en-ciel à la tombe où elle serait enterrée, il regarda sur sa couche et, l'attendant, se trouvait le reptile qu'il pensait y trouver. 
    Il le ramassa avec précaution et l'emporta.

     

    Tandis que l'on mettait le corps de sa femme en terre et qu'on s'apprêtait à le recouvrir, il entendit le reptile qui disait : "Mets-moi sur son épaule à présent. 
    Quand la terre sera sur nous, mon corps aussi mourra, mais mon esprit se mêlera à l'esprit de celle qui fut ta femme, et ensemble nous sortirons de terre en volant. 
    Alors nous retournerons vers ceux de mon peuple et leur apprendrons à voler de façon à ce que se poursuive le travail de ton épouse. 
    Elle m'attend. Pose-moi à présent.
    " L'homme fit ce que le reptile lui avait dit et l'enterrement se poursuivit. Quand tous les autres furent partis, l'homme resta en arrière quelques instants. 
    Il regarda la tombe, se souvenant de l'amour qu'il avait vécu. 
    Soudain, de la tombe sortit en volant une créature qui avait sur ses ailes toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Elle vola vers lui et se posa sur son épaule. 
    "Ne sois pas triste, mon époux. A présent ma vision s'est totalement réalisée, et ceux que j'aiderai désormais à enseigner apporteront toujours aux autres la bonté du coeur, la guérison et le bonheur. 
    Quand ton heure viendra de te transformer en esprit, je t'attendrai et te rejoindrai."

     

    Quand l'homme changea de monde, quelques années plus tard, et fut enterré, ses enfants restèrent en arrière après que tous les autres s'en furent allés. 
    Ils remarquèrent une de ces nouvelles créatures magnifiques qu'ils appelaient papillons, voletant près de la tombe. 
    En quelques minutes un autre papillon d'égale beauté sorti en volant de la tombe de leur père, rejoignit celui qui attendait et, ensemble, ils volèrent vers le Nord, le lieu du renouveau. 
    Depuis ce temps-là les papillons sont toujours avec les hommes, éclairant l'air et leur vie de leur beauté.

    Si vous voulez que votre souhait se réalise, vous n'avez qu'à le souffler au papillon.

    N'ayant pas de voix, il ira porter votre souhait au ciel jusqu'au grand Manitou, où il sera exaucé...

    Extrait de "La Roue de Medecine" de Sun et Wabun Bear





    « Naître avec le printemps, mourir avec les roses :
    - Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur ;
    - Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
    - S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur; - ...
    - Voilà du papillon le destin enchanté.
    Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
    Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
    Retourne enfin au ciel chercher la volupté! »

    A. de Lamartine



     

     

     


     

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